Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825) était un designer, ornemaniste et décorateur français, dont le talent polyvalent a contribué à définir le goût de son époque et a laissé une empreinte durable à travers l’Europe. Imprégné de culture classique mais jamais timide face à l’innovation, Dugourc a joué un rôle central dans la transmission de l’arabesque et de ce qu’on appelait alors en France le style « étrusque ». Ses bougeoirs, par exemple, sont de brillants représentants de cette esthétique.
Jeunesse et formation
Né à Versailles en 1749, Dugourc était le fils d’un officier de la Maison du Duc d’Orléans. Dès sa jeunesse, il montra de fortes aptitudes pour le dessin et l’architecture. Il fut éduqué au Collège de Juilly, sous la tutelle de l’Abbé Barthélemy, et grâce à ses relations avec le Duc de Chartres. À l’âge d’environ quinze ans, il accompagna le Comte de Cany, ambassadeur extraordinaire à Rome, et y fit connaissance avec l’antique : une influence qui resterait centrale dans son œuvre.
Carrière en France : mécénat, style et œuvres
À son retour en France, il se mit à travailler comme concepteur au service de clients privés, mais obtint rapidement des postes aux plus hauts niveaux de la cour. Vers 1780, il avait été nommé dessinateur du cabinet de Monsieur (c’est-à-dire concepteur pour le Comte de Provence, frère du Roi), et devint également intendant des bâtiments de Monsieur. À cette époque, il contribua à la décoration du Château de Brunoy.
En 1783, Dugourc fut chargé de concevoir les costumes pour l’Opéra de Paris. L’année suivante, il devint dessinateur du Garde-Meuble de la Couronne et intendant des bâtiments de « Monsieur » (c’est-à-dire à nouveau le frère du Roi). Ces nominations le placèrent au centre des goûts décoratifs royaux.
Son répertoire artistique était distinctif : un mélange harmonieux d’un intérêt renouvelé pour l’antiquité avec des inspirations tirées de la nature. Il diffusa ces idées en 1782 par la publication d’un volume d’Arabesques : des motifs ornementaux qui évoquaient explicitement des formes classiques, des feuillages, des rinceaux, des figures mythologiques, des médaillons, etc.
Dugourc travailla également en étroite collaboration avec son beau-frère François-Joseph Bélanger, architecte, et fournit des dessins pour nombre des plus éminents ébénistes, bronziers, sculpteurs et décorateurs de l’époque : Georges Jacob, François Rémond, Pierre Gouthière, Pierre-Philippe Thomire, entre autres. Il créa également des motifs pour le fabricant de soie Camille Pernon à Lyon, des tissus, des meubles et des objets décoratifs.
Périodes révolutionnaire et ultérieure, Espagne et restauration
Avec l’avènement de la Révolution, la carrière de Dugourc évolua en réponse aux changements sociaux et politiques dramatiques. En 1790, il fut nommé inspecteur général des Manufactures. Il tenta d’établir des usines (produisant des cartes à jouer, du papier peint, du cristal) et de s’engager dans des entreprises de conception adaptées au nouvel ordre. Notamment, il conçut des cartes à jouer de style révolutionnaire dans lesquelles les figures royales traditionnelles (rois, reines, valets) étaient remplacées par des allégories : « Liberté », « Égalité », etc.
En 1800, Dugourc entra au service du roi d’Espagne Charles IV, s’installant à Madrid. Il porta le titre de « Premier Architecte du Roi d’Espagne » et produisit des schémas décoratifs, des designs de meubles et des travaux textiles pour l’aristocratie espagnole, notamment les duchesses d’Alba et d’Osuna.
Après la chute de Napoléon et avec la Restauration en France, Dugourc retourna à Paris en 1814. En 1816, il fut rétabli dans son ancien poste de dessinateur du Garde-Meuble. Il participa à d’importants travaux cérémoniels et commémoratifs, tels que les préparatifs pour la réinhumation de Louis XVI et Marie-Antoinette à Saint-Denis, et pour les célébrations du mariage du Duc de Berry.
Héritage
L’influence de Dugourc dans les arts décoratifs de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle fut considérable. Il inspira de nombreux contemporains et collaborateurs : son travail d’ornementation, ses motifs de tissus, ses modèles de meubles, ses garnitures de bronze furent largement adoptés.
Son style, enraciné dans une renaissance des motifs classiques, un amour pour l’ornement arabesque et le goût étrusque, mais sensible à la nature et à la fantaisie décorative, transparaît dans ses dessins, ses panneaux textiles, ses commandes de meubles et dans ses livres d’ornements publiés. Ses dessins restent prisés, dans les musées et les collections, et nombre de ses projets décoratifs non réalisés survivent sous forme d’archives.
Dugourc mourut à Paris en 1825, ayant navigué à travers une époque politique turbulente tout en réussissant à conserver la faveur de la cour et à laisser derrière lui à la fois des œuvres réalisées et potentielles d’un raffinement considérable.
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